Ce que la montagne du Haut-Breda enfouit - le fer
Les terres ferrugineuses d’Allevard
Ce que la montagne enfouit
Dans mes Vosges natales, les mines de Sainte-Marie-aux-mines et les sentiers de muletiers ont été sources de rêveries et de promenades. Lorsque j’étais enfant, il était encore possible de s’y enfoncer en toute liberté – en quête d’argent, de cobalt, de cuivre, de plomb et autres trouvailles et merveilles.
Mes aïeux suisses protestants étaient venus ici, autour de la chapelle de saint-pierre-sur-l’Hâte, s’y réfugier. Le village s’appelait alors le Mont libre.
Encore aujourd’hui, la bourse aux minéraux est la plus belle du monde.
Fossiles, météorites, cristaux, pierres, bijoux…
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Ici, dans le massif de Belledonne, je découvre que la montagne garde aussi la mémoire du minerai.
Autour d’Allevard, le fer a longtemps traversé les gestes,
les outils,
les fours,
les forges,
les chemins,
les taillanderies
les ateliers,
les vies.
Le fer. La fonte. L’acier, même.
Mon nouveau territoire d’exploration — pierre, minerais, eau, ruine, torrents — est tout autant souterrain, rugueux,
minéral, géologique.
Traces de reliefs habités, travaillés.
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Haut-Breda.
Il y a le hameau de Pinsot.
Le torrent du Gleyzin.
L’eau froide sur les pierres sombres.
Des traces de ce temps-là.
Une gigantesque meule.
Un martinet.
Des roues.
Des ruines.
Des outils.
Les mines de fer de la Belle Étoile.
Par endroits, la roche semble encore chargée d’oxyde et de pluie.
On marche et grimpe le sentier du fer.
L’œil cherche.
Une veine rouge dans la terre.
Un éclat de quartz.
Une poussière ferrugineuse sur les doigts.
Et peu à peu, l’esprit dérive vers un paysage ancien — réel et imaginaire.
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Il y a aussi le Bout du monde.
Ce nom déjà.
Pour s’en approcher,
Il faut partir de l’ancien musée des forges,
saluer les mots de Daudet,
repérer le viaduc du Tacot, le longer,
s’enfoncer entre les parois humides des gorges,
suivre des sentiers de plus en plus étroits,
passer les passerelles d’acier suspendues au-dessus du vide.
L’eau résonne contre la roche.
Par endroits, les parois paraissent creusées d’ombre et de mémoire.
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Dans le massif,
ici et là, des pierres affleurent sous les herbes.
Des murets anciens.
Des outils oubliés ou sanctifiés.
Des ruines mangées par les ronces.
On marche sur des sols traversés depuis longtemps par l’eau,
le travail humain,
les saisons,
la fatigue.
Le paysage garde des empreintes :
anciens chemins,
forges lointaines,
montagnes autrefois creusées.
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À l’Épinette et autour d’Allevard,
la terre est lourde après la pluie.
Argileuse.
Collante sous les chaussures.
Aux chaleurs, elle sèche et se fend.
Plus haut, certains talus deviennent rouge sombre.
La couleur du minerai remonte encore à la surface.
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De retour dans le jardin de l’Épinette.
Sur la table, quelques livres ouverts.
Des textes autour de la terre, des matières, des paysages habités.
Gaston Bachelard.
Des récits de montagne et de minerai.
Une Célébration de Robert Morel : Le caillou.
Alors, feuilleter quelques pages,
s’arrêter sur une phrase,
laisser une image revenir comme une odeur après la pluie.
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Écrire par fragments.
À partir d’une pierre dans la main,
d’une terre humide,
d’une odeur métallique,
d’une rouille laissée sur les doigts,
d’un outil ancien,
du bruit de l’eau contre les roches.
Il s’agit simplement d’écouter ce que ces lieux gardent encore en eux.
Quelques invitations :
Ce que la montagne enfouit…
Les traces du fer…
Sous les pierres…
Ce qui résiste encore…
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Parfois, il suffit d’un chemin de terre,
d’une pierre ferrugineuse,
d’une odeur de pluie sur le métal,
pour qu’un paysage ancien recommence à parler en nous.
Les Ateliers de l’Épinette, peut-être,
c’est aussi cela : écouter ce que le relief conserve sous silence.
En savoir plus : Les ateliers de l’Épinette – Allevard.
Les lundis – Ecriture au jardin
