livres éditions Robert Morel

Les célébrations de Robert Morel sous forme de livres singuliers

Robert Morel fut un éditeur prolixe et talentueux, dont les livres ont nourri l’imaginaire de mon enfance.

Il y avait là des formats, des textures, des matières, des couleurs, des textes d’auteur — mais aussi du jeu, du sens, de l’audace, du simple et du joyeux.

Il suffit d’ouvrir ses livres pour s’enfoncer dans la mine de l’édition inventive du siècle passé.
Une mine à ciel ouvert, pourtant. Rien d’obscur : tout affleure, tout appelle la main, le regard, le geste.

Ses Célébrations — petit format carré, ruban à glisser entre les pages — m’ont initiée au plaisir du miel, du lit, du caillou, du rouge-gorge. Et à bien d’autres choses encore.
À une manière d’habiter le monde par fragments.
À une attention.

Chaque auteur tente une approche, à sa manière.
Une tentative, plutôt qu’une définition.
Un geste.

S’approcher.
Nommer.
Retenir.
Donner place à ce qui, d’ordinaire, passe inaperçu.
Ce qui ne fait pas événement.
Ce qui persiste, pourtant.

Les ouvrages édités ne sont pas seulement des livres :
ce sont des formes qui circulent, qui se déplacent, qui tiennent dans la main, dans la poche, dans le quotidien.

Le livre des mauvaises herbes et le livre des bonnes herbes.
La cuisine du pauvre.
La cuisine paléolithique.
Des inventaires discrets.
Des savoirs modestes.
Des formes tenaces.

Quelque chose s’y apprend sans en avoir l’air :
regarder autrement,
prélever peu,
laisser être.

Réjouissances.
Au sens plein.
Une joie sans emphase,
tenue dans la main,
comme un petit livre carré.

Les lundis – Ecriture au jardin